mercredi 17 octobre 2012

Le fantôme dans le mécha : une introduction

Samedi dernier le 13 octobre avait lieu à Québec le lancement conjoint de Solaris, Lettres québécoises, Nuit blanche et L'écrit primal dans le cadre du festival Québec en toutes lettres, dont la thématique, cette année, est l'oeuvre d'Isaac Asimov. J'y étais pour le fun (*surtout* pour le fun, parce que discuter avec d'autres passionnés et rire un bon coup, quel bonheur!), mais aussi parce que le numéro spécial de Solaris proposé à l'occasion de l'évènement contient une nouvelle de mon cru, intitulée Le fantôme dans le mécha. Comme le lancement est effectué et que les numéros de la revue devraient aboutir sous peu dans les boîtes aux lettres des abonnés, je vais poster sous peu mon habituel teaser :-)

Mais avant, je vais publier un billet sur la genèse de ce texte. Un billet plutôt qu'une série de billets, comme je l'avais promis ailleurs -- mais je dois avouer qu'en ce moment je finalise le dépôt final de ma thèse et que je me distrais avec d'autres projets, alors... ;-)

Le fantôme dans le mécha est particulier pour deux raisons: 1) c'est le premier texte écrit "sur commande" que je publie et 2) c'est un texte-hommage à Isaac Asimov, un auteur dont j'aimais plus ou moins les écrits -- qui n'ont pas vraiment bien vieilli, il faut l'admettre, même s'ils ont fait date -- mais que j'ai appris à découvrir en accomplissant ma revue de littérature pour ce projet. Le bonhomme était des plus fascinants et si son oeuvre n'est pas à imiter, elle mérite qu'on s'y penche un instant -- en fait, je dirais que tout aspirant-écrivain de science-fiction a le devoir de se pencher sur l'oeuvre d'Asimov à un moment ou l'autre de son cheminement.
Quand on m'a proposé de pondre un texte-hommage à Asimov, j'ai hésité : je n'avais lu que le premier tome de Fondation et le début des Cavernes d'acier, et si j'avais trouvé ces textes faciles à lire, je les trouvais horriblement datés et naïfs. Néanmoins, comme on m'a tout de suite assuré que je n'étais pas obligé de pasticher Asimov mais que je pouvais partir de ses thèmes pour rédiger l'histoire qui me plaisait, j'ai accepté. Une variation sur des thèmes connus, ça, ça me plaisait.
J'ai donc lu Fondation jusqu'à la fin, puis les Cavernes d'acier, plus quelques nouvelles, en plus de me pencher sur les textes que le bon docteur avait lui-même rédigé pour expliquer son approche littéraire. J'ai relu certains passages de la thèse que Kim Stanley Robinson consacre à Philip K. Dick, où il est question d'Asimov et de son époque. J'ai passé en revue ma bédéthèque pour en extraire les albums traitant de robots. Le tout avant de passer quelques heures en bibliothèque (Bibliothèque Nationale et Université de Montréal) pour trouver livres et articles savants sur les dernières recherches en robotique. Principal constat : peu importe la nature du texte, qu'il s'agisse d'un article de vulgarisation ou d'une publication académique pleine d'équations, Asimov est omniprésent : si ses trois lois ne sont pas cités quelque part, le fantôme de son oeuvre surgira inévitablement au détour d'un paragraphe.
En arrière-plan, les étudiants en colère envahissaient chaque soir les rues de Montréal, des carrés rouges partout, et les bruits des casseroles accompagnaient chaque coucher du soleil -- une fois je suis sorti sur ma propre terrasse pour y joindre ma marmite à spaghettis, d'ailleurs :-)
Je me demandais quelle histoire rédiger lorsque, dans le métro, j'ai lu un passage intéressant sur le genèse de Fondation: Asimov aurait été, à ce qu'il dit, inspiré par une citation extraite au hasard d'un opéra de Gilbert et Sullivan. Coïncidence, en février, j'avais exploré l'oeuvre des deux compositeurs britanniques après avoir visionné le fim Topsy-Turvy (un peu trop long, mais bien fait et avec des acteur géniaux). Topsy-Turvy relate la création mouvementée du Mikado, réputé comme étant l'opéra le plus célèbre de Gilbert et Sullivan. S'il n'est pas le plus célèbre, le Mikado est sûrement très original : dénué de la magie fréquente dans les autres oeuvres du fameux duo, cet opéra en deux actes propose une histoire située dans le Japon de l'ère Edo, avec des personnages uniquement japonais (quoique réinventés un peu pour les besoins de la pièce).
L'irruption inopinée de Gilbert et Sullivan dans mes lectures sur Asimov m'amusa, puis je me remémorai la visite que j'avais effectuée en juin dernier au musée de Pointe-à-Callière pour admirer la collection du Dr Béliveau sur les samouraïs. Par boutade, je me suis dit "pourquoi pas une histoire sur des robots asimoviens qui préparent une pièce sur des robots japonais, pendant qu'on y est?" (Le noir assis à côté de moi dans le métro m'a jeté un coup d'oeil de travers, sans doute avais-je parlé à voix haute, et ma remarque, pris hors-contexte, n'avait sûrement rien de rassurant...)
Puis là, ça m'a frappé.
Les robots qui ont bercé mon enfance, qui ont marqué ma génération, ils étaient surtout japonais -- soit entièrement comme Astroboy, soit d'inspiration japonaise comme les Transformers, dont j'avais pu écouter les épisodes sur la télévision câblée de ma grand-mère, pendant que celle-ci s'occupait à autre chose dans la maison. Demandez aux gens de trente-cinq à vingt-cinq ans : les robots qu'ils ont connus en premier, ce sont les Goldorak et compagnie... Ceux de Star Wars aussi, mais je suis sûr que beaucoup d'entre eux mentionneront spontanément les dessins animés du samedi matin ou de Canal Famille...
Alors je me suis dit que j'allais mettre en présence les robots de deux générations: ceux de ma génération, très inspirés par les anime, et ceux de la génération de mes parents et des autres contributeurs du numéro, surtout inspirés par Asimov. Plutôt approprié pour un auteur qui s'est finalement révélé être le plus jeune de ce numéro spécial... :-)
Confronter deux générations de robots (rebricolés par mes soins, certes) a été mon point de départ. J'ai cependant gardé une deuxième contrainte, soit conserver l'une des planètes décrites par Asimov dans Fondation -- en fait j'ai pris un type de planète que le bon docteur décrivait avec les connaissances de son époque et j'ai actualisé en fonction des découvertes récentes dans le domaine. Puis je suis allé de l'avant en écrivant une histoire qui plairait d'abord à moi.
Cela a donné Le fantôme le mécha que vous pourrez découvrir dans le numéro 184, spécial Asimov, de Solaris.
Teaser à venir demain. Ou après-demain, selon mon humeur :-)
P.S. Finalement, ça peut servir d'écouter des p'tits comics à la télé ET du Gilbert et Sullivan... :-p

4 commentaires:

Gen a dit…

Maudit que j'ai hâte de recevoir ce damné numéro!

Et les mélanges des genres se révèlent toujours utiles! ;)

Philippe-Aubert Côté a dit…

Ça s'en vient... Ça s'en vient... J'imagine ;-)

Je n'ai pas encore lu les autres nouvelles mais les articles oui, et je les ai trouvé très approprié. C'est un beau numéro, je crois :-)

Carl a dit…

Je ne peux pas m'empêcher de penser à "ghost in the machine", l'essai d'arthur koefler (pu certain de l'orthographe du nom de famille). Sa théorie a été élaboré par mamoru oshii adns "ghost in the shell", plus dans les films que les bds.

Est-ce que ça fait partie des bds consultées ? Est-ce que c'est une référence volontaire ?

Philippe-Aubert Côté a dit…

Chut! ;-) Faut laisser travailler les autres lecteurs... :-)